Antonio Begarelli : Le sculpteur qui remplaça la peinture
Antonio Begarelli (v. 1499 – 1565) s'impose comme une figure singulière dans le paysage artistique de la Renaissance italienne, particulièrement célèbre pour son approche pionnière de la décoration sculpturale. Par un choix délibéré, il substitua les panneaux peints par des reliefs en terre cuite, altérant fondamentalement la sensibilité esthétique de son époque. Né à Modène, il émerge de l'atelier de Giovanni dell’Abbate, le père de Niccolò, absorbant les influences du réalisme naissant porté par des artistes tels que Guido Mazzoni II Modanino. Ce basculement stylistique marqua une rupture décisive avec les conventions établies et scella la place de Begarelli en tant qu'innovateur.
- Jeunesse et formation : Les années formatrices de Begarelli furent consacrées au perfectionnement de son art sous l'égide de Giovanni dell’Abiente, s'imprégnant des courants artistiques de Modène durant une période marquée par un fervent élan religieux.
- Les ateliers de Modène : Il s'imposa comme un sculpteur dominant à Modène, collaborant étroitement avec Mazzoni II Modanino et transformant les églises de la région en espaces ornés de sculptures en terre cuite — une technique révolutionnaire privilégiant la richesse texturale et la présence sculpturale au détriment de l'illusion colorée.
- Le mécénat de Parme et le lien avec Corrège : La réputation de Begarelli dépassa les frontières de Modène lorsqu'il obtint des commandes auprès de l'élite aristocratique de Parme, approfondissant ainsi ses explorations artistiques. Bien que des spéculations persistent quant à un lien entre Begarelli et Raphaël (Corrège), le consensus scientifique suggère que leurs différences stylistiques — Begarelli privilégiant les tons terreux et une échelle monumentale — témoignent de trajectoires artistiques distinctes.
Un style sculptural unique : l'illusion de la terre cuite et du marbre
Le style distinctif de Begarelli le distinguait nettement de ses contemporains, notamment de Corrège. Contra à l'éthéré des fresques de Corrège, qui employaient la technique du sfumato pour créer une profondeur atmosphérique et une perspective illusionniste, Begarelli opta pour la terre cuite — un matériau aisément disponible — afin d'atteindre un effet d'un réalisme saisissant. Il mania avec brio le pigment blanc pour imiter l'apparence du marbre, élevant les reliefs sculpturaux à des niveaux de grandeur et de sophistication jusqu'alors inaccessibles par la seule peinture. Giorgio Vasari nota d'ailleurs avec emphase que Michel-Ange considérait les sculptures en terre cuite de Begarelli comme des « productions des plus excellentes », soulignant ainsi leur impact profond sur le discours artistique de l'époque.
- Le choix du matériau : L'usage délibéré de la terre cuite contrastait vivement avec la maîtrise de la fresque par Corrège, mettant l'accent sur la forme sculpturale et la texture plutôt que sur l'illusion d'optique.
- La palette chromatique : Begarelli privilégiait une palette monochrome — principalement blanche — créant une impression de luminosité marbrée qui captivait les spectateurs et instaurait un nouveau standard pour la sculpture décorative.
Influences et héritage
La sensibilité artistique de Begarelli fut profondément façonnée par Benvenuto Tisi, dit du Caravage, dont le style dramatique en clair-obscur faisait écho à l'engagement de Begarelli à transmettre l'émotion par la forme sculpturale. Vasari souligna que Michel-Ange admirait les œuvres de Begarelli pour leur capacité à évoquer des sentiments profonds, témoignage de la maîtrise du sculpteur dans l'art de l'expression. Ses élèves, parmi lesquels figurent Alberto Fontana et Niccolò dell’Abbate, assurèrent la pérennité de son approche novatrice de la sculpture en terre cuite.
- L'influence du Caravage : Le style de Begarelli reflète l'importance accordée par le Caravage à l'éclairage dramatique et à l'intensité émotionnelle — une convergence stylistique qui souligne la vision artistique partagée de leur époque.
Œuvres notables et reconnaissance
L'héritage durable de Begarelli réside dans ses sculptures monumentales en terre cuite qui ornent encore les églises de Modène et de Parme, particulièrement sa « Déposition » (1530) et son « Groupe d'autel », qui représentent l'apogée de la réussite sculpturale de la Renaissance. Sa contribution à l'histoire de l'art est indéniable : il a instauré une ère transformatrice où la sculpture a supplanté la peinture comme médium dominant de la décoration religieuse, modifiant à jamais la culture visuelle de son temps.