Le Maître Italien qui peignit l'Angleterre : Antonio Verrio et l'avènement de la peinture murale baroque
Antonio Verrio, né à Lecce, dans le royaume de Naples, en 1639, s'impose comme une figure charnière de l'histoire de l'art anglais. Il fut l'artiste principalement responsable de l'introduction de la grandeur et du dynamisme de la peinture murale baroque dans une nation alors suspendue entre la retenue de la Renaissance et l'exubérance d'une nouvelle esthétique. Son service de trente ans auprès de la couronne anglaise ne fut pas une simple entreprise professionnelle ; ce fut une véritable importation culturelle, une infusion délibérée de la sensibilité artistique italienne qui transforma les intérieurs des palais et des domaines seigneuriaux. La formation initiale de Verrio à Lecce, sous l'égide de Giovanni Andrea Coppola, lui assura une base technique solide, comme en témoignent des œuvres telles que
S. Francesco Saverio appare al beato Marcello Mastrilli, sa première pièce signée connue, qui laisse déjà entrevoir les compositions dramatiques et les palettes de couleurs vibrantes qui allaient définir son style mature.
Des Pouilles à la Cour française : l'éclosion d'un style
Avant de poser pied en Angleterre, Verrio affina ses compétences à travers une période de voyages et de commandes variées. Vers 1665, il gagna le nord pour s'installer à Toulouse, en France, où il obtint des projets de décoration pour le Château de Bonrepos pour le compte de Pierre-Paul Riquet, le visionnaire derrière le Canal du Midi. Cette étape marqua un tournant vers des programmes décoratifs de plus grande envergure, une tendance qui se poursuivit lors de son installation même à Toulouse, où il entreprit des travaux pour des institutions religieuses telles que les Carmes Déchaussés et les Capucins. Deux peintures de cette période –
Le Mariage de la Vierge et
Saint-Félix de Cantalice – résident aujourd'hui au Musée des Augustins, illustrant une maîtrise croissante du détail narratif et de la représentation allégorique. Son passage à Paris vers 1670 permit d'affiner davantage sa clientèle aristocratique, avec des commandes pour des résidences privées comme l'Hôtel Brûl'art (toujours existant), démontrant une capacité remarquable à adapter son style aux goûts de mécènes sophistiqués. Cette période fut cruciale ; il ne s'agissait pas seulement de peindre, mais de comprendre les exigences et les attentes d'un public averti.
Le patronage royal et la métamorphose du château de Windsor
Le tournant décisif de la carrière de Verrio survint lors de son arrivée en Angleterre en mars 1672, une opportunité facilitée par Ralph Montagu, alors ambassadeur anglais à Paris. La recommandation de Montagu lui ouvrit les portes de commandes prestigieuses auprès d'aristocrates éminents – le 1er comte d'Arlington (Euston Hall et Arlington House) et le 1er duc de Lauderdale (Ham House). Cependant, c'est l'obtention du patronage royal sous Charles II qui scella véritablement son héritage. Dès 1675, Verrio avait achevé
Le Triomphe maritime de Charles II, un portrait allégorique exquis célébrant la puissance navale du roi, et fut officiellement naturalisé sujet britannique. Cela mena à son entreprise la plus ambitieuse : la décoration de l'aile nord du château de Windsor. Collaborant avec l'architecte Hugh May et le sculpteur Grinling Gibbons, Verrio s'engagea dans un projet d'une ampleur sans précédent – vingt plafonds, trois escaliers, la chapelle du Roi et le St George’s Hall. La somme colossale versée pour ces travaux – 10 195 £ 8s 4d – en dit long sur l'importance accordée à son œuvre par la couronne.
Un héritage d'allégorie et d'illusion
Le style de Verrio au château de Windsor, ainsi que dans ses commandes ultérieures à Hampton Court et Burghley House, se caractérisait par un usage dramatique de la perspective, une architecture illusionniste et des figures allégoriques vibrantes. Il ne se contentait pas de décorer ; il construisait des récits qui glorifiaient la monarchie, célébraient la mythologie classique et renforçaient subtilement le pouvoir et la légitimité de Charles II et de ses successeurs. Ses plafonds débordent de mouvement – dieux et déesses se mêlant à des portraits de figures contemporaines, créant un jeu dynamique entre passé et présent.
L'approche allégorique permettait à Verrio d'insuffler à son travail des couches de significations multiples, faisant appel tant à la curiosité intellectuelle qu'aux sensibilités esthétiques.
Sa technique impliquait une planification méticuleuse, un usage habile du clair-obscur (le contraste entre l'ombre et la lumière) et une maîtrise de la peinture à fresque – l'application de pigments sur du plâtre humide pour créer des peintures murales durables et lumineuses.
Importance historique : façonner le baroque anglais
L'impact d'Antonio Verrio sur l'art anglais est indéniable. Il n'a pas simplement introduit le style baroque ; il l'a adapté, fusionnant l'exubérance italienne avec les traditions anglaises existantes. Son œuvre a inspiré une génération d'artistes et a aidé à établir une esthétique baroque proprement anglaise.
- Il a ouvert la voie à d'autres artistes étrangers pour qu'ils rencontrent le succès en Angleterre.
- Ses commandes ont transformé les palais royaux en symboles de puissance et de sophistication culturelle.
- Ses peintures allégoriques continuent de fasciner les historiens de l'art et les visiteurs, offrant un aperçu du climat politique et social de l'Angleterre de la Restauration.
Bien qu'il soit décédé en 1707, l'héritage de Verrio perdure dans les magnifiques fresques qui ornent certains des édifices les plus emblématiques d'Angleterre – témoignage du maître italien qui a su peindre son chemin jusqu'au cœur de l'histoire de l'art anglais.