Une sculptrice d'espaces liminaux : l'univers de Cleo Fariselli
Cleo Fariselli, née à Cesenatico, en Italie, en 1982, est une artiste dont l'œuvre s'inscrit à l'intersection délicate de la sculpture, de la performance et de l'expérience sensorielle. Sa pratique ne consiste pas tant à créer des objets qu'à conjurer des atmosphères — des environnements immersifs qui invitent à la contemplation du corps, de la perception et des forces souvent invisibles qui façonnent notre réalité. Le parcours artistique de Fariselli a débuté par une formation en beaux-arts à l'Académie de Brera à Milan (BFA, 2007), mais son exploration a rapidement transcendé les frontières traditionnelles, la menant à développer un langage visuel unique ancré dans le liminal — ce seuil entre les états, cet espace de transition et de potentiel. Elle vit et travaille actuellement à Turin, en Italie, une ville qui semble entrer en résonance avec l'intensité tranquille de ses investigations.
Influences précoces et fondements conceptuels
L'œuvre de Fariselli ne se laisse pas facilement enfermer dans un seul mouvement artistique ; elle puise plutôt dans une gamme diversifiée d'influences. Une fascination pour la phénoménologie — l'étude de l'expérience vécue — est palpable dans ses installations. Elle semble nous interroger non seulement sur ce que nous voyons, mais sur la manière dont nous voyons, et sur la façon dont l'acte même de perception altère le sujet perçu. Ses premières explorations impliquaient des pratiques d'art conceptuel, remettant en question les notions conventionnelles de forme et de matérialité. Cependant, un tournant crucial s'est opéré lorsqu'elle a adopté le corps comme à la fois médium et message. Il ne s'agissait pas simplement de représentation de soi ; il s'agissait d'utiliser la forme physique pour explorer les thèmes de la vulnérabilité, de la transformation et de l'instabilité inhérente à l'identité. Les motifs récurrents de son travail — le regard et le fait d'être vu, le corps comme paysage, la féminité et l'eau — ont émergé organiquement de cette investigation profondément personnelle.
Matérialité et processus : du conceptualisme à la céramique
Bien que les racines conceptuelles de Fariselle demeurent évidentes, son travail récent est particulièrement frappant par son engagement envers la matérialité. Elle s'est de plus en plus concentrée sur la céramique raku, une technique connue pour son processus de cuisson imprévisible et les textures et glaçures qui en résultent. Ce choix n'est pas fortuit. Le raku permet un niveau de hasard et d'imperfection qui reflète la fluidité et l'impermanence qu'elle explore thématiquement. L'artiste moule souvent des parties anatomiques de son propre corps — une hanche, une épaule, une oreille — créant des formes fragmentées qui sont à la fois d'une familiarité hantante et étrangement étrangères. Il ne s'agit pas de représentations idéalisées ; elles sont marquées par la rugosité, l'irrégularité et un sentiment d'absence. Comme Fariselli l'a elle-même noté, les vides qui en résultent ne sont pas des signes de manque mais plutôt des « espaces alternatifs » débordant de potentiel pour des chemins relationnels et des interprétations imaginatives. Les glaçures métalliques — ors chatoyants, rouilles et bleus irisés — renforcent davantage ce sentiment de transformation, évoquant la création patiente de surfaces perlières par l'huître.
Réalisations majeures et reconnaissance
Le travail de Fariselli a attiré une attention considérable ces dernières années, avec des expositions dans des institutions de renom, tant en Italie qu'à l'étranger. Elle a été la bénéficiaire de la prestigieuse bourse de production de l'Italian Council (2021-2022), lui permettant de réaliser *YOUR STORM / OUR DEW*, un projet multi-sites qui s'est déployé dans divers lieux, notamment l'Almanac Inn (Turin), Almanac Projects (Londres), Morpho (Anvers) et le Museo d'Arte Moderna à Bologne. Ses expositions personnelles chez Lucie Fontaine à Milan (2008) et dans la collection Giuseppe Iannaccone à Milan (2019) l'ont établie comme une voix incontournable du paysage de l'art contemporain. Sa participation à des expositions collectives telles que *Breaking Water* au Contemporary Arts Center de Cincinnati (2022), ainsi que ses installations au GNAM - Galleria Nazionale d'Arte Moderna (Rome, 2021) et au Palazzo Fortuny (Venise, 2017 et 2018) ont consolidé sa réputation. Son travail a également été mis en lumière dans un reportage Google Arts & Culture, offrant sa vision unique à un public plus large.
Signification historique et héritage artistique
La contribution de Cleo Fariselli réside dans sa capacité à créer un art qui soit à la fois profondément personnel et universellement résonnant. À une époque souvent dominée par le spectacle et la gratification instantanée, elle offre un contrepoint — un espace pour la contemplation silencieuse, l'immersion sensorielle et l'exploration des paysages intérieurs. Son travail nous met au défi de reconsidérer notre relation avec le corps, la perception et les espaces liminaux qui existent entre les états d'être. Elle ne propose pas de réponses faciles ; elle nous invite plutôt à embrasser l'ambiguïté, la vulnérabilité et le pouvoir transformateur de l'inconnu. Ses sculptures ne sont pas de simples objets à contempler, mais plutôt des portails vers une compréhension plus profonde de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. L'héritage de Fariselli résidera probablement dans sa capacité à jeter un pont entre la rigueur conceptuelle et l'expérience viscérale, créant un art qui persiste longtemps après que l'on a quitté sa présence — un témoignage de la puissance durable de l'exploration sensorielle et du potentiel évocateur du royaume liminal.
